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Trois religions, une seule femme

Par Samir · Juin 2026 · 5 min de lecture

Il existe des vies qui défient les catégories. Des vies qui traversent les frontières — géographiques, culturelles, religieuses — sans jamais se laisser enfermer dans une seule d'entre elles. La vie de Jacqueline Peresini était de celles-là.

Elle est née de mère juive — Bibih Benisty, morte six mois après sa naissance. Elle a été élevée dans une famille chrétienne — Solange et Raymond, de Gap, qui l'ont accueillie à douze ans comme leur propre fille. Et elle s'est convertie à l'islam, par amour, à l'âge adulte. Elle prit un prénom musulman : Yamina.

Jacqueline et Yamina

Dans la vie civile, elle resta Jacqueline — c'était le nom que tout le monde avait toujours connu. Mais dans la foi, dans la prière, dans cette vie intérieure que personne ne peut vous prendre, elle était Yamina. Deux noms portés avec la même dignité.

Jacqueline pour la vie. Yamina pour Dieu. Les deux pour elle.

Sa conversion n'était pas une rupture. C'était un don — elle donnait entièrement, y compris sa foi, à ceux qu'elle aimait. Et quand l'amour se brisa, quand le mariage devint une prison, elle ne perdit pas sa foi. Elle continua ses cinq prières. Elle continua à faire confiance à Dieu.

Un carrefour de peuples

Son fils Samir a mis des années à comprendre ce qu'il portait. Du sang sicilien et corse par son grand-père Jacques. Du sang juif séfarade par sa grand-mère Bibih. Du sang algérien par son père Aïssa. Et cette France du Sud, Nîmes, Gap, les Hautes-Alpes — la France comme pays d'adoption, comme pays de cœur.

Je suis la moitié de deux peuples qui se font la guerre depuis la nuit des temps, dit-il. Mais il n'a pas besoin de choisir. Il est tous les camps à la fois. C'est l'héritage le plus beau de Jacqueline — cette capacité à contenir les contraires sans en faire un drame.

Née de mère juive. Élevée dans une famille chrétienne. Morte musulmane. Trois religions. Un seul cœur. Une seule femme.

Elle ne confondait pas sa foi avec la prison qu'il voulait en faire. Ça, il ne lui a jamais pris.
— Extrait de Chère Maman