« Il avait traversé la Méditerranée,
était passé par l'Italie,
avait rejoint Marseille.
Pour voir son fils. »
Il y a des questions qu'on porte avant même de savoir qu'on les pose. Pour Samir, cette question s'appelait : qui est mon père ?
Il devait avoir sept ou huit ans. À la poste du boulevard Gambetta, il posa les doigts sur un Minitel et tapa : Boumaza. Son propre nom. L'unique lien qui le rattachait à cet homme qu'il n'avait pas vu depuis ses deux ans.
L'écran vert afficha quelque chose. Un nom. Une adresse. Un numéro de téléphone. À Marseille.
Il attendit dix ans. Jacqueline avait dit : quand tu auras dix-huit ans, tu feras ce que tu veux. Il attendit.
Ce soir-là, chez Magid, un téléphone composé vers l'Algérie. Un combiné tendu à Samir. Et puis la voix. La voix de son père. Pour la première fois depuis ses deux ans.
Aïssa Boumaza. Multirécidiviste. Dix-sept ans à la prison des Baumettes à Marseille. Expulsé de France. Rentré en Algérie. Interdit de territoire.
Une semaine plus tard, son père était là. Aïssa avait traversé la Méditerranée, était passé par l'Italie, avait rejoint Marseille. Expulsé, interdit de territoire, il était revenu quand même.
Il avait une cicatrice. Une longue cicatrice qui courait sur presque toute la joue, profonde, ancienne. Il avait un charisme qui n'avait pas besoin de se justifier.
Samir marchait à côté de lui dans les rues du centre de Marseille. Et il pensait à Scarface. À ces personnages qui occupent l'espace différemment des autres.
C'était son père.
Dans le train du retour, le soleil qui descendait sur les garrigues. Samir regardait par la fenêtre.
Il lui ressemblait. Il le voyait maintenant — dans le charisme naturel, dans cette façon d'occuper l'espace. Quelque chose dans le regard.
Il savait désormais d'où il venait.